Les grands modèles de couverts Christofle : comment les reconnaître
Les modèles de couverts Christofle permettent de suivre près de deux siècles d’évolution des arts décoratifs. Certains reprennent le vocabulaire du XVIIIe siècle, d’autres celui de l’Empire ou de l’Art déco. Pour identifier une ménagère, il faut observer le dessin du manche, les poinçons et la matière, sans confondre la date de création du modèle avec celle de fabrication du couvert.
Spatours — 1862
Présent dès le catalogue de 1862, Spatours doit son nom à la contraction de « spatule » et « contour ». Le manche est souligné par une ligne qui suit sa forme. Le décor reste relativement sobre et s’inspire des couverts français du XVIIIe siècle.
Cluny — 1862
Initialement appelé Uni, Cluny apparaît lui aussi dans le catalogue de 1862. Sa forme est presque dépourvue d’ornement, ce qui mettait notamment en valeur les monogrammes et armoiries gravés sur les manches. Le Studio Christofle en modifie légèrement le dessin en 1964.
Perles — 1876
Perles reprend le vocabulaire Louis XVI. Une succession régulière de grains en relief borde le manche. C’est l’un des modèles les plus faciles à reconnaître. Il existe dans différentes matières, ce qui rappelle que le modèle seul ne permet pas de déterminer si un couvert est en argent massif ou en métal argenté.
Marly — 1897
Marly développe un décor beaucoup plus abondant : coquilles, feuillages et acanthes inspirés du style Louis XV. Créé à la fin du XIXe siècle, il constitue un bon exemple d’historicisme : un objet peut reprendre un style ancien sans avoir été fabriqué à l’époque dont il s’inspire.
Malmaison — 1909
Créée sous le nom Empire Malmaison, cette collection fait référence au château de Joséphine et Napoléon. Palmettes, feuilles d’eau et symétrie permettent de la rattacher immédiatement au répertoire Empire.
America — Luc Lanel, 1933
America marque une rupture. Luc Lanel abandonne les références directes aux styles monarchiques pour adopter les lignes géométriques de l’Art déco : pans coupés, angles et moulures étagées. Une ménagère America se reconnaît ainsi beaucoup plus à sa géométrie qu’à un décor végétal.
Albi — 1968
Créé par le Studio Christofle, Albi s’inspire des lignes de la cathédrale Sainte-Cécile d’Albi. Son décor est constitué de filets sobres. La collection comprend de nombreuses pièces spécialisées : couteaux et fourchettes à poisson, couverts à salade, fourchettes à crustacés, pelle à glace ou couverts de service.
Aria — Bernard Yot, 1985
Aria reprend un vocabulaire plus contemporain. Son manche évoque des faisceaux de joncs liés à leurs extrémités. La collection illustre la manière dont Christofle continue à renouveler ses modèles sans abandonner les références aux arts décoratifs du passé.
Modèle, matière et date : trois choses différentes
Pour identifier correctement un couvert Christofle, il faut distinguer le modèle, la matière et la période de fabrication. Un modèle créé au XIXe siècle peut avoir été produit pendant plusieurs générations.
Les poinçons et marques complètent donc l’étude du décor. Ils peuvent aider à déterminer la Maison, le métal employé et parfois la période de production.
Une ménagère comprend également bien plus que les traditionnels couteaux, fourchettes et cuillères : couverts à poisson, pièces à servir, louche, pelle à tarte, cuillères à sauce, couverts à salade ou autres pièces spécialisées permettent parfois d’identifier plus précisément un ensemble.
À la Galerie Saint-Michel à Bruxelles, l’examen de ces détails permet de replacer une ménagère ou un couvert isolé dans son contexte et de distinguer des modèles parfois très proches.
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