De Louis XV à l’Art déco : reconnaître les grands styles de l’art de la table
Une théière, une ménagère ou une saucière peut souvent être replacée dans une famille stylistique avant même d’avoir identifié son fabricant. Coquilles, palmettes, guirlandes, lignes végétales ou géométrie permettent de suivre près de deux siècles d’évolution des arts décoratifs.
Il faut toutefois distinguer le style de l’époque de fabrication. Une ménagère créée en 1897 peut reprendre le vocabulaire Louis XV du XVIIIe siècle. Identifier un style ne suffit donc jamais à dater un objet.
Louis XV et le rococo
Le style Louis XV est étroitement associé au rococo, qui se développe en France dans les années 1720-1730. Il privilégie les courbes, l’asymétrie et des motifs naturels : coquilles, rocailles, feuilles d’acanthe, fleurs et mouvements en S ou en C. Le rococo trouve un terrain particulièrement favorable dans l’argenterie, la céramique et le mobilier.
Sur l’art de la table, une anse peut se transformer en branche végétale, les bords d’un plateau devenir mouvementés et les pieds d’une saucière adopter des formes presque sculpturales. Le modèle Marly de Christofle, créé beaucoup plus tard, en 1897, constitue justement une réinterprétation de ce vocabulaire Louis XV.
Louis XVI : retour à la symétrie
Dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, le goût se tourne vers le néoclassicisme. Les lignes deviennent plus droites et les compositions plus symétriques. Les fouilles d’Herculanum et de Pompéi contribuent à renouveler l’intérêt européen pour l’Antiquité. Guirlandes de laurier, perles, rubans, médaillons, cannelures et motifs antiques remplacent progressivement la rocaille.
Dans les couverts, une bordure régulière de petites perles est ainsi beaucoup plus proche du vocabulaire Louis XVI que du Louis XV. Le modèle Perles de Christofle, créé en 1876, reprend directement cette tradition décorative.
Empire : l’Antiquité au service de Napoléon
Le style Empire poursuit le néoclassicisme, mais en lui donnant un caractère plus monumental.
Sous Napoléon Ier apparaissent fréquemment aigles, abeilles, couronnes de laurier, palmettes, cygnes, étoiles et motifs égyptiens. L’expédition d’Égypte contribue notamment à introduire sphinx et références hiéroglyphiques dans les arts décoratifs. Les objets deviennent souvent plus architecturés : anses puissantes, formes symétriques, bases marquées et décors organisés en registres.
Le modèle Malmaison de Christofle, créé en 1909, constitue encore une fois une réinterprétation postérieure de ce style.
XIXe siècle : le temps des styles historiques
Le XIXe siècle ne possède pas un vocabulaire unique.
Louis XV, Louis XVI, Renaissance, gothique ou Empire sont régulièrement remis au goût du jour. Une pièce fabriquée vers 1880 peut donc avoir l’apparence d’un objet du XVIIIe siècle.
C’est ce que l’on appelle souvent l’historicisme.
Pour l’identification des objets anciens, ce phénomène est essentiel : une coquille rocaille indique un style Louis XV, mais pas nécessairement une fabrication sous Louis XV.
Les grandes maisons d’orfèvrerie proposent ainsi simultanément plusieurs modèles correspondant à des goûts historiques différents.
Art nouveau : la forme devient organique
Autour de 1900, l’Art nouveau cherche au contraire à s’éloigner de la répétition des styles anciens.
Particulièrement important en Belgique et en France, il utilise des formes végétales, lignes sinueuses et compositions asymétriques. Les objets ne reçoivent plus nécessairement un décor végétal : leur silhouette elle-même peut prendre la forme d’une tige, d’une feuille ou d’une fleur. Dans l’orfèvrerie belge, Philippe Wolfers constitue l’une des figures majeures de cette période.
Art déco : géométrie et modernité
Après la Première Guerre mondiale, les courbes végétales de l’Art nouveau cèdent progressivement la place aux angles, facettes, lignes droites, symétries et volumes géométriques.
L’Exposition internationale des Arts décoratifs et industriels modernes de Paris en 1925 donnera son nom au mouvement. L’Art déco reste luxueux, mais il emprunte autant à la géométrie moderne qu’aux traditions artisanales et à diverses influences internationales. Le modèle America, créé en 1933 par Luc Lanel pour Christofle, montre particulièrement bien cette évolution.
Reconnaître un style permet donc de replacer un objet dans l’histoire du goût. Pour le dater précisément, il faudra ensuite croiser cette observation avec les poinçons, marques, techniques et archives du fabricant.
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