Blazers, mocassins, maisons anciennes, bibliothèques, tennis, belles matières et couleurs discrètes : depuis quelques années, l’expression « old money » est devenue un véritable code esthétique sur les réseaux sociaux.
À première vue, cela semble éloigné de l’art de la table. En réalité, la tendance remet en circulation plusieurs valeurs qui appartiennent depuis longtemps à l’univers des antiquités : continuité, qualité matérielle, usage, patine et préférence pour des objets capables de durer.
Une représentation imaginaire plus qu’une réalité sociale
L’expression doit cependant être utilisée avec précaution. L’« old money aesthetic » d’Instagram ou TikTok n’est pas une étude sociologique des familles fortunées.
Vogue la décrit plutôt comme une représentation fantasmée de la richesse héritée, construite autour de vêtements classiques, d’un univers de propriétés anciennes, de yachts ou de lieux de villégiature, et surtout d’une idée d’investissement dans des pièces de qualité. Il s’agit donc avant tout d’un langage visuel.
Pourquoi l’art de la table y trouve naturellement sa place.
Une table composée d’argenterie, de cristal et de porcelaine fonctionne parfaitement avec cet imaginaire pour une raison simple : ces objets existaient bien avant que la tendance ne porte un nom.
Un couvert ancien n’a pas été créé pour imiter une esthétique patrimoniale. Il est patrimonial. Même chose pour un verre taillé, une paire de chandeliers ou une porcelaine ancienne. Leur intérêt ne vient donc pas d’un logo imprimé pour répondre à une tendance contemporaine, mais de leur matière, leur époque et leur fabrication.
La différence entre décor et authenticité
C’est probablement là que l’antiquité possède un avantage. Reproduire l’esthétique « old money » avec des objets neufs volontairement vieillis peut fonctionner visuellement.
Mais utiliser de véritables objets anciens ajoute une dimension supplémentaire : les traces du temps sont réelles. Un modèle Christofle créé au XIXe ou au début du XXe siècle, une pièce Wolfers ou un verre Val Saint-Lambert ne cherche pas à évoquer un patrimoine : il appartient réellement à une histoire de l’art de vivre européen.
Moins de logos, davantage de matière
L’esthétique rejoint également le mouvement du « quiet luxury », qui s’est développé autour de vêtements et d’objets moins démonstratifs, privilégiant coupe, matière et qualité à la visibilité immédiate du logo. Vogue a largement documenté cette proximité entre quiet luxury, stealth wealth et imaginaire « old money ».
L’orfèvrerie ancienne correspond assez bien à cette logique. Une fourchette de qualité n’a pas besoin d’afficher son fabricant à plusieurs mètres. Son poids, ses proportions et son exécution suffisent.
Une tendance à ne pas prendre au pied de la lettre
Il serait cependant réducteur de vendre un objet ancien comme un moyen de « paraître riche ». L’intérêt du phénomène est ailleurs.
Il montre qu’une partie du public redécouvre des codes que l’on pouvait croire démodés : dresser une table, choisir de beaux verres, utiliser un chandelier, investir dans des objets durables ou préférer une pièce qui possède déjà une histoire.
Et les tendances elles-mêmes passent.
Une bonne pièce d’orfèvrerie continuera d’exister après la disparition du hashtag. L’ancien comme antidote au décor fabriqué. La meilleure manière d’interpréter le phénomène « old money » est donc peut-être de remonter à ce qui le rend séduisant : la permanence. Choisir six verres anciens, une belle carafe ou quelques couverts bien fabriqués permet de retrouver cet univers sans créer un décor artificiel.
À la Galerie Saint-Michel à Bruxelles, argenterie, cristal et porcelaine permettent de découvrir les objets qui ont réellement construit l’art de vivre auquel les tendances contemporaines font aujourd’hui référence.
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