Les grands motifs de porcelaine et les services devenus célèbres
Un service de porcelaine ne se reconnaît pas seulement à sa manufacture. Le décor peut être aussi caractéristique que la marque placée sous l’assiette.
Au fil des échanges entre l’Asie et l’Europe, certains motifs ont été repris, adaptés puis transformés pendant plusieurs siècles. Bleu et blanc, Imari, Kakiemon, fleurs, oiseaux ou décors botaniques permettent ainsi de replacer une porcelaine dans une tradition esthétique particulière.
Le bleu et blanc : du cobalt chinois aux manufactures européennes
Le décor bleu sous couverte est l’un des plus importants de l’histoire de la porcelaine. Le cobalt est appliqué avant la glaçure puis soumis à la cuisson à haute température. Le décor se trouve ainsi protégé sous une surface vitreuse.
La porcelaine chinoise bleu et blanc exerce une influence considérable sur l’Europe, mais aussi sur les manufactures japonaises. À Meissen, elle contribue notamment à l’apparition du célèbre Zwiebelmuster, ou « décor à l’oignon », dans les années 1730. Son nom est trompeur : les motifs représentent notamment des pêches, melons, bambous et fleurs stylisées inspirés de modèles asiatiques. Ce décor devient l’un des plus copiés de l’histoire européenne de la porcelaine.
Imari : bleu, rouge et or
Le terme Imari désigne traditionnellement des porcelaines japonaises exportées depuis le port d’Imari. Un grand nombre associent le bleu de cobalt sous couverte à des émaux rouges et à de l’or. Les compositions peuvent être très denses : fleurs, végétaux, oiseaux et compartiments décoratifs couvrent une grande partie de la surface.
Aux XVIIe et XVIIIe siècles, leur succès européen est considérable. Les manufactures occidentales produisent ensuite leurs propres interprétations de ces décors japonais. Le terme Imari doit néanmoins être utilisé avec prudence : il désigne davantage une famille de productions et d’esthétiques qu’un dessin unique.
Kakiemon : couleurs et espaces blancs
Le Kakiemon japonais adopte généralement une approche différente.
Les décors utilisent des émaux rouges, verts, jaunes, bleus et noirs sur un fond blanc relativement dégagé. Fleurs, oiseaux, animaux et branches occupent souvent seulement une partie de la surface, laissant au blanc de la porcelaine un rôle important dans la composition.
Cette esthétique influence très tôt les manufactures européennes, notamment Meissen. Elle montre bien comment un motif asiatique pouvait être repris en Europe, simplifié, combiné à d’autres éléments puis finir par devenir partie intégrante du répertoire décoratif occidental.
Famille verte et famille rose
Les termes famille verte et famille rose ont été créés en Europe au XIXe siècle pour classifier certaines porcelaines chinoises. La famille verte, particulièrement importante sous l’empereur Kangxi, se caractérise par l’emploi dominant d’émaux verts accompagnés de rouge, jaune, bleu ou noir. Les oiseaux, fleurs, lotus et paysages apparaissent fréquemment.
La famille rose utilise au contraire une palette dans laquelle les tons roses jouent un rôle majeur. Elle se diffuse particulièrement au XVIIIe siècle. Ces termes décrivent donc avant tout des palettes décoratives, et non des manufactures.
Fleurs, oiseaux et botanique
Les motifs floraux deviennent presque universels dans la porcelaine européenne. Bouquets naturalistes, roses, bleuets, tulipes et petites fleurs dispersées permettent d’adapter un même service à des goûts très différents.
Les oiseaux connaissent également un immense succès, parfois représentés de manière naturaliste, parfois beaucoup plus librement. Le décor Rothschild Oiseaux de Herend, utilisé depuis les années 1860, associe par exemple oiseaux, insectes, branches et une petite chaîne dorée. Il demeure l’un des décors les plus connus de la manufacture hongroise. La botanique peut aller encore beaucoup plus loin avec Flora Danica.
Blue Fluted Plain : Royal Copenhagen, 1775
Lorsque la manufacture royale danoise est fondée en 1775, son premier décor devient le Blue Fluted Plain, aujourd’hui également appelé Pattern No. 1.
Des motifs floraux bleus peints à la main accompagnent les cannelures de la porcelaine. Le dessin doit beaucoup à l’influence des porcelaines chinoises bleu et blanc. Le service sera continuellement repris, modifié et décliné, au point de devenir l’une des signatures visuelles de Royal Copenhagen.
Flora Danica : la botanique transformée en service de table
Vers 1790, la manufacture danoise commence un projet exceptionnel : Flora Danica. Les plantes représentées sur les assiettes sont directement inspirées de l’importante encyclopédie botanique danoise du même nom. Le premier grand service est réalisé pour la cour royale et livré en 1802.
Chaque pièce peut présenter une plante différente, accompagnée d’une riche bordure dorée. Le service est particulièrement intéressant parce qu’il transforme un ouvrage scientifique en répertoire décoratif.
Le bleu céleste de Sèvres
À Vincennes puis Sèvres, la couleur de fond elle-même peut devenir l’élément permettant de reconnaître un service. Le fameux bleu céleste, turquoise intense, apparaît notamment sur le grand service commandé par Louis XV en 1751 et livré entre 1753 et 1755. Les réserves blanches sont décorées de fleurs ou de fruits et encadrées d’or.
Quelques décennies plus tard, le gigantesque service commandé par Catherine II de Russie associe également bleu céleste, guirlandes, dorures et médaillons évoquant des camées antiques. Il compte environ 800 pièces pour 60 convives. Un service de porcelaine peut donc être identifiable par son motif, mais aussi par sa palette, sa bordure, sa forme et son organisation décorative.
Observer le service dans son ensemble
Une assiette isolée peut parfois être difficile à identifier.
Il faut regarder : la forme de l’aile, le marli, les couleurs, la technique de peinture, la dorure, les répétitions du décor, les marques au revers et les différentes pièces du service. Soupière, saucière, plat ovale, compotier, assiette creuse, tasse ou théière permettent parfois de mieux comprendre un modèle que l’assiette plate seule.
L’identification des décors constitue donc un complément naturel à l’étude des marques de manufacture : elle permet de relier une pièce à un service, une période et une tradition décorative précise.
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