Depuis l’ouverture de la Galerie Saint-Michel en 1975, la manière d’acheter et d’utiliser les arts de la table a profondément évolué. Les objets n’ont pas nécessairement changé. Ce sont surtout les attentes de ceux qui les utilisent qui se sont transformées.
L’époque des grands services complets
Pendant une grande partie du XXe siècle, constituer son foyer signifiait volontiers acquérir un service complet. Une ménagère pouvait être prévue pour douze personnes et comprendre de nombreux couverts spécialisés. Les services de porcelaine comportaient plusieurs formes d’assiettes, plats, raviers, saucières et pièces de service. La verrerie suivait la même logique. La cohérence de l’ensemble avait beaucoup d’importance. Ces achats étaient souvent liés au mariage ou à la constitution progressive d’un trousseau familial.
Des repas devenus moins formels
La manière de recevoir a progressivement changé.
Les repas sont généralement plus simples, les logements parfois plus petits et les familles moins disposées à conserver plusieurs dizaines de pièces rarement utilisées.
Cela ne signifie pas la disparition des arts de la table, mais une sélection différente. Une belle ménagère de couverts principaux peut aujourd’hui paraître plus utile qu’un ensemble extrêmement spécialisé. Six ou huit beaux verres trouvent facilement leur place là où un service de soixante pièces pouvait sembler encombrant.
Choisir plutôt que posséder tout
Une autre évolution importante concerne le rapport à l’ensemble. Il est désormais fréquent d’acheter une pièce pour elle-même : une carafe en cristal, une paire de chandeliers, un plateau ou quelques couverts.
Les services peuvent également être complétés progressivement. Cette évolution rapproche paradoxalement l’antiquité des pratiques contemporaines : l’objet ancien n’est plus nécessairement acheté pour reproduire intégralement une table du passé, mais pour prendre place dans un intérieur actuel avec un rapport privilégié à l'expérience.
Le retour de l’usage
Le changement le plus intéressant est peut-être le recul de l’idée selon laquelle un bel objet doit obligatoirement être conservé sans être utilisé. Une nouvelle génération redécouvre aujourd’hui verres en cristal, argenterie et porcelaines précisément parce qu’ils peuvent servir.
Un verre ancien devient un verre à cocktail ; un plateau retrouve sa place dans un bar ; une saucière peut servir lors d’un dîner sans qu’il soit nécessaire de recréer tout le cérémonial d’autrefois.
Depuis 1975, la Galerie Saint-Michel observe ainsi moins une disparition de l’art de la table qu’une transformation de ses usages. Les objets qui traversent le mieux le temps sont souvent ceux qui acceptent de changer légèrement de contexte.
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