Art de la table ancien et économie circulaire : quand le réemploi prolonge la vie des objets
L’économie circulaire ne consiste pas seulement à recycler. Elle cherche d’abord à conserver les produits et les matières en usage le plus longtemps possible, notamment par l’entretien, la réparation, le réemploi et la transmission. L’Agence européenne pour l’environnement souligne justement que prolonger la durée de vie des produits réduit la demande de produits neufs et les impacts associés à l’extraction et à la transformation de nouvelles matières premières.
Sous cet angle, l’art de la table ancien constitue un cas intéressant. Une ménagère en argent ou en métal argenté, une carafe en cristal, un service de porcelaine ou un plateau d’orfèvrerie ont parfois déjà traversé plusieurs générations tout en conservant leur fonction.
Réemployer avant de remplacer
Lorsqu’une ménagère Christofle, un plateau Wiskemann, des verres Val Saint-Lambert ou un service de porcelaine passent d’un propriétaire à un autre, les objets continuent à remplir la fonction pour laquelle ils ont été fabriqués.
Un produit dont le premier propriétaire n’a plus l’usage peut continuer sa vie chez quelqu’un d’autre, sans devoir être transformé en matière première. Pour l’art de la table, cette circulation peut prendre plusieurs formes : héritage familial, vente entre particuliers, antiquaire, dépôt-vente ou remplacement d’un service incomplet par des pièces compatibles.
Des matières qui ont déjà été extraites et transformées
Fabriquer un objet mobilise des ressources avant même son arrivée sur une table. L’argent doit être extrait et raffiné. Les alliages métalliques nécessitent plusieurs matières premières. Le verre et le cristal demandent des matières minérales ainsi que des températures élevées. La porcelaine nécessite notamment kaolin, cuisson et décoration.
Prolonger l’usage d’un produit peut réduire la demande de nouvelles matières et les pressions environnementales liées à leur extraction et à leur transformation.
Entretenir et restaurer plutôt que mettre au rebut
L’art de la table ancien possède également une caractéristique favorable au réemploi : beaucoup de pièces peuvent être entretenues ou restaurées. Une pièce en métal argenté peut parfois être réargentée. Une pièce d’orfèvrerie peut être redressée ou ressoudée par un professionnel. Une ménagère incomplète peut être complétée progressivement. Certains couteaux peuvent recevoir une nouvelle lame ou faire restaurer leur manche.
Même lorsqu’une restauration n’est pas pertinente, un simple entretien peut prolonger considérablement la période d’utilisation d’un objet et réduire son impact écologique. Cette logique est particulièrement visible dans l’orfèvrerie : un couvert peut porter des traces d’usage sans perdre sa fonction. L’état esthétique et l’état fonctionnel ne sont pas toujours la même chose.
Compléter plutôt que remplacer un service
L’économie circulaire appliquée à l’art de la table ne concerne pas uniquement l’achat d’un ensemble complet. Une particularité des grandes maisons comme Christofle, Wiskemann, Wolfers, Delheid, Baccarat, Saint-Louis ou Val Saint-Lambert est l’existence de modèles et de séries identifiables.
Lorsqu’un service a perdu quelques pièces, il est parfois possible de rechercher une fourchette, une cuillère, un verre ou une assiette correspondant au modèle existant plutôt que de remplacer l’ensemble. Le marché ancien joue ici un rôle très concret : il remet en circulation des objets isolés qui peuvent redevenir utiles parce qu’ils complètent un ensemble déjà utilisé.
Le prestige n’empêche pas l’usage
Les objets d’art de la table de prestige sont parfois perçus uniquement comme des objets de collection. Pourtant, ils ont été conçus avant tout pour servir. Une ménagère, une carafe, un légumier, une théière ou un plateau peuvent être à la fois des objets d’intérêt historique et des objets fonctionnels.
C’est même l’une des caractéristiques qui favorisent leur circulation : un objet peut successivement avoir une valeur d’usage, une valeur familiale, une valeur esthétique puis intéresser un nouveau propriétaire qui lui redonne sa fonction initiale. De plus, nous cherchons de plus en plus à responsabiliser nos achats d'un point de vue écologique, social, patrimonial, le domaine de l'art de la table s'articule bien autour de ces domaines.
L’antiquaire comme intermédiaire du réemploi
Le métier d’antiquaire ne consiste donc pas uniquement à conserver le passé. Dans le domaine de l’art de la table, il participe aussi à remettre en circulation des objets déjà produits : identification d’une maison ou d’un modèle, constitution ou complément d’un service, nettoyage, sélection, conseil sur l’usage ou la restauration.
La valeur environnementale éventuelle ne vient pas du seul fait qu’un objet soit ancien ou prestigieux. Elle vient surtout de sa capacité à continuer à être utilisé plutôt qu’à être abandonné et remplacé inutilement.
À la Galerie Saint-Michel à Bruxelles, cette circulation concerne notamment l’argenterie, le cristal, la porcelaine et les objets de grandes maisons européennes. Une partie de ces pièces a déjà connu plusieurs tables avant d’arriver à la Galerie, leur histoire peut continuer sur une autre.
L’économie circulaire appliquée à l’art de la table tient finalement dans une idée assez simple : avant de produire à nouveau, regarder ce qui existe déjà et peut encore servir.
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